Il était une fois ...

La viticulture est apparue en Californie il y a plus de 200 ans. En 1769, un missionnaire franciscain, le père Junipero Serra, prit la tête d'une troupe de colons partis du Mexique pour s'installer dans ce qui est devenu aujourd'hui la région de San Diego. Il y fonda une mission, puis, en 1779, planta le premier vignoble connu, sur les terres de la Mission San Juan Capistrano. En montant peu à peu vers le nord suivant un itinéraire qu'ils appelèrent El Camino Real (et qui est aujourd'hui la Highway 1 et une partie de la Highway 101), ce groupe de colons implanta 21 missions entre San Diego au sud et Sonoma au nord. Dans chacune de ces missions, le père Serra mit en place la culture de la vigne. Les premiers vins étaient uniquement destinés à servir de vin de messe et de vin de table quotidien pour les missionaires. La variété de raisin que les missionnaires plantèrent alors provenait du Mexique et était tout simplement appelée le cépage << Mission >>.

De la mission à la vision
C'est vers 1830 que débuta l'exploitation commerciale du vin, grâce aux efforts d'un Français au nom prédestiné, Jean Louis Vignes. Natif du bordelais, il se rendit rapidement compte du potentiel de ce territoire et importa sans tarder des plants de diverses variétés de la Vitis vinifera européenne. Son premier vignoble se trouvait dans ce qui est devenu le centre ville de Los Angeles. Peu de temps après, un groupe d'utopistes allemands plantait à son tour un grand vignoble à Anaheim, sur le futur site de ce qui est aujourd'hui Disneyland. En 1848, la découverte de l'or allait modifier à tout jamais l'avenir et l'aspect de la moitié nord de la Californie. En effet, elle déclencha une incroyable croissance de la population, des richesses et des villes. Parmi les centaines de milliers d'immigrants atteints par la fièvre de l'or, beaucoup venaient de France, d'Italie, d'Allemagne et de Grande-Bretagne. Quelques-uns d'entre eux s'enrichirent effectivement grâce à l'or. Beaucoup parmi les autres, en particulier chez les Européens, connaissaient la vigne, et les techniques de vinification ; ils comprirent bien vite les possibilités illimitées que leur offrait la région et se mirent à planter des pieds de vigne. L'année 1848 fut également celle de la révolte du Bear Flag contre le Mexique, qui allait se conclure par l'annexion de la Californie par les états-Unis.

<< Bon vin ne peut que s'améliorer >>
L'industrie vinicole prit son essor entre 1860 et 1880, avec l'implantation de nombreuses caves. L'amélioration de la qualité des vins californiens est généralement attribuée à un noble hongrois, le comte Agoston Haraszthy, qui rapporta de nombreux pieds de vigne à chacun de ses voyages entre la Californie et l'Europe. Vers 1880, l'Université de Californie mit sur pied un centre de recherches à Berkeley et planta des vignobles expérimentaux en divers endroits de l'état ; ces recherches contribuèrent elles aussi à améliorer la qualité des vins californiens. Ce centre de recherches devint par la suite le désormais célèbre Department of Viticulture and Enology de l'Université de Californie, à Davis.

La << Grande dépression >> de la vigne
Grâce à l'achèvement d'un réseau ferroviaire transcontinental en 1869, les vins de Californie furent bientôt présents dans tout l'est des états-Unis, et de nombreuses caves vinicoles commencèrent même à exporter vers l'Europe. En 1890, la Californie produisait déjà quelque 100 millions de litres de vin par an. Cette même année se tint l'Exposition Universelle de Paris : près de la moitié des vins californiens qui participèrent au concours vinicole en ramenèrent des médailles d'or. L'industrie vinicole californienne était désormais en plein essor. Mais pas pour longtemps.

En effet, le Phylloxera, ce parasite de la vigne, fit son apparition en Californie : dès le début du siècle, de nombreux vignobles furent ravagés. Il fallut arracher tous les pieds d'origine européenne et planter de nouvelles variétés de Vitis Vinifera, qui avaient été obtenues par greffe sur des pieds indigènes insensibles au phylloxera. Mais un mal encore plus grave allait dévaster l'industrie vinicole californienne une vingtaine d'années plus tard : la loi sur la Prohibition, en 1919, interdisait la production et la vente de boissons alcoolisées sur tout le territoire des états-Unis. Quelques producteurs réussirent à survivre en produisant des vins de messe, mais la plupart des vignobles furent soit arrachés, soit replantés en raisin de table ou en variétés à la peau suffisamment épaisse pour supporter de longs voyages ; ces variétés étaient destinées à la vinification à titre personnel, qui restait autorisée.

Un nouveau départ
À l'abolition de la Prohibition, en 1933, l'industrie vinicole n'était pratiquement plus qu'un souvenir : il fallut tout remettre sur pied en partant de zéro. Cette renaissance ne débuta réellement qu'à la fin des années quarante, en raison de la Grande Dépression et de la Deuxième Guerre Mondiale. Au début des années cinquante, une industrie enfin remise sur pieds produisait déjà quelques 500 millions de litres par an.

La première place
À partir de 1960, l'industrie vinicole californienne commença à poser les fondations de ce qui allait devenir un véritable << boom >> du vin aux Etats-Unis, à la fin des années soixante-dix. Les consommateurs se tournèrent de plus en plus vers des vins secs portant le nom de leurs cépages, au détriment des vins doux. De nombreuses nouvelles caves virent le jour, en particulier dans le comté de Sonoma et la Napa Valley. En 1976, à Paris, au cours de la désormais célèbre dégustation comparative des meilleurs vins français et californiens, ces derniers gagnèrent la première place dans les deux catégories (rouges et blancs). C'est ainsi que, presque du jour au lendemain, la Californie a été reconnue par les grands oenologues internationaux comme l'une des meilleures régions vinicoles au monde. La règle du jeu tient en un mot : Expansion. La fin des années soixante-dix marque le passage à l'âge adulte des vins de Californie. Les chiffres de production et de vente atteignirent de nouveaux records, et le marché des vins de Californie devint mondial. Pour répondre à une demande toujours plus importante, il fallut planter de nouveaux vignobles. Entre 1960 et 1995, la surface totale des terres cultivées en vigne passa de 40 000 hectares à plus de 135 000 hectares et le nombre de caves de 227 à plus de 800.

Une meilleure adaptation
Comme l'Histoire se répète parfois, le phylloxera se manifesta de nouveau en Californie à la fin des années quatre-vingts, un siècle après sa première apparition. Mais cette fois, les hommes ne manquaient ni des connaissances, ni des moyens financiers nécessaires pour replanter les vignobles affectés par la maladie. Mieux encore, l'industrie viticole tira parti du phylloxera : quitte à consentir de lourds investissements pour replanter les vignobles, il fut décidé d'en profiter, à la fois quantitativement (en plantant plus de pieds par hectare, afin d'augmenter le rendement) et qualitativement (en choisissant des cépages mieux adaptés aux divers types de sols et de climats locaux).

De nouveaux acteurs entrent en scène
Les principales caves vinicoles californiennes se mirent à étendre le théâtre de leurs opérations, en plantant de nouveaux vignobles et en bâtissant de nouvelles caves dans tout l'état. De petits producteurs se développèrent également, et de nombreux nouveaux acteurs firent leur entrée sur le marché, bien souvent avec une production très limitée mais de très haute qualité. Comme pour rendre un hommage suprême, des caves et des viticulteurs européens en vinrent même à acheter des vignobles et à produire du vin en Californie.

La Californie compte aujourd'hui plus de 900 caves vinicoles et 4 400 vignerons, qui cultivent 224 000 hectares de vignes. Avec une production de 1,855 milliards de litres en 1998, la Californie est le quatrième producteur de vin au monde, derrière la France, l'Italie et l'Espagne.

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